En voiture ! ... petit conte du progrès...

En ces temps joyeux où il semblait que tout allait pouvoir être reconstruit, les frères humains de France avaient choisi de partir ensemble sur la même route. Le train de la modernité se mettait en marche. Personne ne resterait à quai. Un peu brinquebalant au début, il soufflait sous le poids de tous ces espoirs. Les passagers avaient le temps de regarder le paysage et le monde, fiers parce qu’ils étaient devenus intelligents. Un jour un grand cri monta de la plate-forme, notre Dieu est un Dieu de progrès ! Tous riaient, applaudissaient !

...Très vite le train s’avéra lourd à traîner. Il fallait alléger pour parvenir plus vite au bonheur annoncé. Qui méritait d’être dans ce train ? Les plus bizarres, les moins intelligents, les plus pauvres baissèrent les yeux, confus de n’avoir rien à donner et on leur expliqua qu’il fallait qu’ils descendent pour sauver le train. Certains hommes rappelèrent la promesse du début du voyage et s’élevèrent contre cette mesure et ils furent jetés par-dessus bord.

On décida de mettre un toit pour se protéger, et les passagers ne virent plus ni le ciel ni les étoiles.Le train ne cessa d’accélérer, écrasant sur son passage de nombreux arbres, la nature gémissait sous ses roues. A l’intérieur, tout devenait plus confortable. Les scientifiques, les philosophes, les entrepreneurs écrivaient des tas de livres et organisaient des tas de choses pour que le monde soient heureux. Les autres jouaient aux cartes et buvaient du brandy.

C’est en 1914 qu’il y eut le premier accident. La vitesse était sans doute trop grande et l’on avait pas tout calculé alors le train explosa littéralement. Peu s’en réchappèrent. Seuls ceux qui avaient senti le coup venir avaient pu se sauver. Très vite d’ailleurs on les vit reconstruire un train plus beau, plus neuf.

Ah, j’oubliais de vous dire … le train était en or !

Extraits d'un texte de Cécile Maudet